21 juillet 2013

mardi 23 juillet 2013
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Commémoration du 21 juillet 2013


Monsieur Kader ARIF ministre délégué auprès du ministre de la Défense chargé des Anciens Combattants.

 

Allocution de monsieur Michel REPELLIN, Maire de Vassieux en Vercors

« Tant de sang versé a fait de cette montagne une terre sacrée, une terre qui doit être maintenant respectée comme un sanctuaire où le flambeau de la liberté a été rallumé, comme l’un des berceaux de la Renaissance française ».

Ces mots du commandant Pierre TANANT, qui se battit pour la France sur le plateau du Vercors, résument mieux que je ne saurais le faire, monsieur le Ministre, la terre qui vous accueille aujourd’hui. C’est bien sûr pour nous un grand honneur de recevoir le ministre des anciens combattants, le représentant de la République française. Mais je vous le dis sans fausse modestie : cet honneur est mérité. Mérité non par nous-mêmes bien sûr, qui avons été adultes ou sommes nés après la guerre, mais par tous ceux qui firent preuve d’abnégation, de courage et d’héroïsme sur le Vercors pour libérer la France. Par nos pères et par ceux qui les rejoignirent, civils et militaires, hommes et femmes aussi de toutes origines, de toutes opinions, de toutes confessions qui vinrent ici vivre et souvent mourir pour le service de la France.

Vous êtes venu, monsieur le Ministre, et je vous en remercie du fond du cœur parce que votre présence nous touche, rendre hommage à ces patriotes en ce jour du 21 juillet. Le 21 juillet, comme vous le savez, est une date qui s’inscrira toujours en lettres de sang dans nos cœurs. Si le 4 août est pour nous jour de joie - c’est l’anniversaire du décret de 1945 par lequel le général de Gaulle faisait de Vassieux-en-Vercors l’une des 5 communes compagnon de la Libération - le 21 juillet est pour nous jour de deuil et de recueillement. Nous célébrons là le 69ème anniversaire du martyre de notre commune.

Il n’est nul besoin de rappeler devant vous l’histoire héroïque du Vercors. Dès avant l’occupation de la zone libre, notre plateau sert d’abri à des résistants français et étrangers. Ils y trouvent une population qui demeure attachée à la République et à la liberté malgré l’air du temps et à la propagande de Vichy, qui inclinaient plus à la résignation qu’à la révolte. A la fin de 1942, le Vercors entre cependant dans une nouvelle phase de sa résistance. Les soldats de l’armée dissoute se joignent aux résistants de Franc-tireur sur plateau où ils forment des maquis. L’union des militaires et des civils sera l’une des spécificités de notre région. En témoignent les noms de trois hommes auxquels je veux rendre hommage : le chef civil du Vercors, Eugène Chavant, dit Clément, compagnon de la Libération, et ses chefs militaires successifs, les généraux Alain Le Ray et François Huet.

Si les maquis se multiplient en 1942, ils grandiront plus encore l’année suivante avec l’arrivée en masse des réfractaires du STO, qui sont pris en charge par la résistance locale et servent bientôt pour beaucoup sous les ordres d’officiers des chasseurs alpins. C’est dans ce contexte que naîtra le plan Montagnard, qui prévoyait de faire du Vercors une citadelle de la résistance à l’heure de la Libération. Son concepteur, Pierre Dalloz, fera valider ce plan par Jean Moulin et le général Delestraint. La disparition de ces deux hommes avant la bataille décisive aura comme on le sait des conséquences tragiques pour le Vercors à l’heure où personne ne prendra conscience qu’il n’était plus applicable dans les conditions de l’été 1944. Ce plan était conçu pour fixer l’ennemi après les deux débarquements car celui de Normandie et celui de Provence auraient du avoir lieu le même jour. Le débarquement de Provence fut reporté au mois d’août. Dès lors le martyre de Vassieux était écrit par avance. Après le 6 juin 1944, la jeunesse de notre région monte en force sur le Vercors pour se battre alors que l’ennemi ne doit pas encore faire face aux armées alliées. La citadelle se transforme en piège, même si les maquisards n’en ont pas conscience. On proclame la République du Vercors. On célèbre le 14 juillet par une parade euphorique. Certains rêvent même de voir le général de Gaulle en personne se poser sur le Vercors pour regagner la France. On se croit déjà dans un coin libéré de notre pays. Surtout, on espère les alliés qui ne vont pas tarder à arriver par la voie des airs conformément au plan Montagnard, dont on ne sait pas encore que plus personne à Londres n’a conservé le souvenir.

Le 21 juillet, 22 aéronefs se posent effectivement à Vassieux et dans ses environs. Ce sont hélas des planeurs allemands. Les occupants ont pris conscience qu’ils avaient sur notre plateau des ennemis irréductibles, prêts à se battre jusqu’à leur dernier souffle. Ils ont pris peur. Après avoir déjà bombardé Vassieux le 14 juillet en l’ayant en partie réduite en cendres, ils vont réagir avec une brutalité sans pareille. 20000 soldats allemands, aidés de miliciens, montent à l’assaut des 4000 patriotes rassemblés ici. Malgré la résistance héroïque des patriotes, les Allemands imposent leur loi en deux jours. Ils torturent, ils mutilent, ils tuent. A la grotte de la Luire, ils tueront ou déporteront le personnel médical qui avait pris en charge les blessés allemands. Dans notre seule commune, l’équipe de la croix Rouge qui arrive à Vassieux le 9 août découvre 73 habitants (sur une population d 430 habitants) et 101 résistants massacrés. Les maisons sont détruites. Vassieux en Vercors aura été un Oradour sur Glane, même si bien d’autres villages ou hameaux ont eux aussi payé leur tribut - je veux associer bien entendu la Chapelle en Vercors à ce rappel de nos souffrances. Aujourd’hui le mémorial bâti au col de la Chau et notre musée de la résistance invitent nos visiteurs à ne jamais oublier cette histoire. A se souvenir des combats mais aussi des sacrifices de nos pères.

Ce souvenir nous est douloureux. Mais je veux vous dire, monsieur le Ministre, que cette douleur ne se trouve jamais empreinte d’aucun regret. Si le Vercors ne fut pas la citadelle de la Résistance, il fut du moins l’un des hauts lieux de la Renaissance de la France au même titre que Bir-Hakeim, le 27 de la rue du Four, où fut fondé à Paris le conseil national de la Résistance, le maquis des Glières, le Mont-Cenis, où le même général Le Ray mena les plus hauts combats de la Seconde guerre mondiale en avril 1945. Le Vercors a fait mieux, même s’il l’a tout de même également fait, qu’immobiliser d’importants renforts et entraver les déplacements des réserves allemandes quand l’Occupant avait besoin de foncer en Normandie : il a apporté son sacrifice à la restauration de l’honneur national. Cet honneur national, monsieur le Ministre, la commune de Vassieux s’en veut encore aujourd’hui la garante. Par notre sacrifice en 1944, nous avons bien mérité de revendiquer soixante-neuf ans plus tard de nouveaux devoirs patriotiques. Vassieux a été faite Compagnon de la Libération par le général de Gaulle. Elle est l’une des cinq communes à avoir reçu cet honneur avec Nantes, Grenoble, Paris et l’Ile de Sein. Il y a quelques mois, l’Ordre national des compagnons de la Libération a fait place au Conseil national des communes compagnon, qui a d’ailleurs pour premier délégué national notre ami le colonel Fred Moore, qui fut le dernier chancelier de l’Ordre. Nous y prenons toute notre part, dans la mesure de nos moyens, mais avec un enthousiasme qui n’est pas limité par l’importance de notre commune de 360 habitants. A l’heure où disparaissent les derniers acteurs de la France combattante, ce sont nos cinq communes - n’est-ce pas mon cher Michel Destot ? - qui assureront désormais le souvenir des compagnons, mais plus encore le souvenir de tous les patriotes et des raisons pour lesquelles ils se sont battus. C’est nous –je le dis avec fierté - qui rappelleront aux jeunes générations le geste héroïque d’Honoré d’Estienne d’Orves, Pierre Brossolette, François d’Astier de la Vigerie, Jacques Chaban- Delmas, Henry Frenay, Philippe Leclerc de Haute-Cloque, Laure Diebold, Jean-Pierre Lévy, Jacques Paris de la Bolardière, Henri Rol-Tanguy, Jean de Lattre de Tassigny, mais aussi celle de tous ceux, hommes et femmes, qui ne furent pas compagnons sans avoir moins démérité, et de tous les combattants du Vercors, parmi lesquels, pour les rappeler tous, je citerais le lieutenant Chabal, qui se sacrifia avec ses hommes au hameau de Valchevrière afin de retarder l’armée allemande, et du grand écrivain Jean Prévost, qui tomba les armes à la main au pied du Vercors. Monsieur le Ministre, l’Etat nous trouvera toujours à ses côtés pour mener l’action mémorielle.

Le 21 juillet est pour Vassieux un jour de fierté tout autant que de souffrance - et c’est surtout un jour dont la mémoire nous oblige.

Puisse l’avenir faire en sorte que les valeurs des combattants du Vercors inspirent toujours nos compatriotes l

Vive le souvenir du Vercors et de la résistance l

Vive la République et vive la France !